Découvrez chaque vingt du mois, un vin mis à l'honneur ainsi que toutes les activités qui nous occupent tant à la vigne que dans les vergers. Hugo Zufferey, notre sommelier "maison" vous emmène au cœur de l'action avec son reportage, bonne lecture !
Des courants chauds soufflent sur la colline ces premiers jours du mois de mars. La nature se réveille doucement. Les véroniques percent la végétation et se parent d’un bleu violacé tandis que le lamier pourpre lui ravive ses fleurs rouges. Des dizaines de confettis multicolores volent encore dans le ciel sierrois. Ces parapentistes accrochés à leurs toiles multicolores profitent eux aussi de ce souffle nouveau pour voler dans un ciel bleu. Mais qu’observent-ils de là-haut dans nos cultures ?

Vigne
« Taille tôt taille tard, rien ne vaut la taille de mars ». Voilà un dicton que chaque vigneron / vigneronne se souvient lorsqu’il s’agit de ressortir le sécateur. Qu’il soit électrique ou manuel le travail reste le même, il s’agit de couper les branches en trop et ne garder que les bourgeons, futurs fruits à en devenir.
On différencie deux types de taille : la taille longue et la taille courte. La coupe « longue » permet d’augmenter le rendement de la plante puisque le bois, que l’on appelle baguette, compte plus de bourgeons éloignés de la base du cep et donc plus fertiles. La coupe dite « courte » vous l’aurez compris se concentre elle que sur les deux premiers bourgeons que l’on va appeler chandelle. Chaque cépage doit être conduit selon ses caractéristiques. Le Cornalin par exemple n’est que très peu fertile sur les bourgeons de la base du cep, on lui préfèrera donc une coupe longue. À l’inverse, le Fendant, cépage très productif peut être conduit en taille courte afin de diminuer sa production et par la même occasion augmenter sa concentration en sucre.
Vins
La mise en bouteille siffle encore là-haut sur la colline. Non pas avec un petit bouquet d’églantines, mais bien de glycines. Ajoutez à cela un peu de d’agrumes, une belle acidité en bouche et une robe jaune verte. Vous l’avez ? Mais oui ! Il est question de notre Petite Arvine Grand Cru fraichement embouteillée. Notre sélection de blancs 2024 est aussi lancé avec notre Fendant de Sierre. Nouveau millésime, nouvelles émotions.
Dans notre cave ne sommeillent pas que vins blancs et rouges. Lorsque qu’il s’agit de filtrer les eaux-de-vie, notamment la poire William, en poussant les portes du chai, on est tout de suite envahi par ce parfum fruité confit. L’eau-de-vie à ce stade est encore très trouble, titre à 68 % volume d’alcool et a besoin d’être refroidie et filtrée avant une future mise en bouteille. Pour diminuer la teneur élevée de nos distillations, nous y ajoutons une eau de source de Chandolin, réputée très douce, peu calcaire. Un cocktail maison de la région aussi à déguster à l’espace Daval.
Vergers
A la Saint-Joseph, le 19 mars, les abricotiers donnent l’impression d’être recouverts d’une fine couche de neige. Alors que le mercure flirt avec les vingt degrés en plaine, ce n’est évidemment pas du givre mais bien les fleurs d’abricots qui s’ouvrent. Roses et blanches elles offrent avec le Forsythia les premières couleurs du printemps. Nous scrutons avec attention les températures gélives du matin afin de se tenir prêt à lutter contre le froid. Cette vigilance est historiquement de mise jusqu’aux Saintes Glaces, autour de la mi-mai.
Notre légume favori de la Colline de Daval est bien entendu l’asperge blanche qui elle craint beaucoup moins le gel car emmitouflée dans la terre, butée. Cette terre sableuse et très fine est recouverte d’une bâche et permet de chauffer cette fameuse butte. L’asperge grandit et sort le bout de son nez après quelques semaines. Elle est alors cueillie à l’aide d’une gouge, traverse la rue pour être calibrée et est présentée sur nos étales pour se faire déguster le soir même de la récolte. En sauce, à la vinaigrette ou natures, chacun y trouve son bonheur, elles sont surtout à accompagner d’un verre de Johannisberg. On vous livre un secret, la saison va commencer d'ici quelques jours...
Vin du mois
Qui dit asperges blanches valaisannes dit forcément Johannisberg, l’accord presque 100% valaisan ! En effet notre fameux Johannis ou « Jojo » pour les intimes, est originaire d’Autriche et connu sous le nom de Sylvaner. Issu d’un croisement naturel entre l’Österreichisch Weiß et le Savagnin Blanc (Heida), il a navigué le long Danube, enjambé le massif de la Forêt Noire en Allemagne, remonté le Rhin pour venir se plaire sur les coteaux d’un fameux château près de Mayence connu sous le nom de Schloss Johannisberg. Quelques valaisans conquis par ce cépage l’ont ensuite implanté dans la vallée du Rhône et lui ont attribué le nom de Johannisberg. Après ce texte-fleuve passons à la dégustation du vin.
A l’œil il se pare d’une robe plutôt claire, légère aux nuances jaunes, vertes.
C’est en prenant une première inspiration qu’il se dévoile et révèle tout son potentiel. Le nez est intense sur des arômes floraux – pollen tirant sur le muguet. S’en suit quelques notes de citron vert et d’amandes douces. Un deuxième nez et vous voilà au printemps.
En bouche le Johannis sera marqué par un bel équilibre rondeur-tension, servez le froid il conviendra à l’apéritif ou alors frais et il accompagnera nos asperges du domaine. On retrouvera les arômes de fleurs et amandes en dégustation. La fin de bouche laissera la place à une amertume typique de ce cépage.
Lors de votre prochaine visite, demandez un « Jojo » à déguster !
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